L’austérité, des saignées à répétition

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La médecine de l’austérité me fait penser à la période sombre où l’on pratiquait des saignées à répétition et où le pouvoir était concentré dans les mains de quelques seigneurs. Nous voilà bien dans un système de monarchie élective! Si on avait su de quoi retournait les vraies affaires dont les libéraux parlaient en campagne électorale, le résultat de la dernière élection aurait-il été le même? Si on avait su que les mesures d’austérité visaient les femmes et les enfants d’abord, le résultat aurait-il été le même?

Ce que le gouvernement appelle de la rigueur économique, moi je dis qu’il s’agit de violence économique. Violence économique parce que ceux et celles qui sont le plus touchés ne sont pas les plus riches, ne sont pas ceux qui brassent les vraies affaires. Non. Il s’agit de la classe moyenne (qui disparait de plus en plus) et des travailleurs et travailleuses à petits salaires qui sont et seront encore saignés avec des scalpels bien effilés. Le prochain budget du Québec nous laisse à penser que l’hémorragie se poursuivra : augmentation des tarifs d’électricité, augmentation des tarifs de garde, réforme du système de santé et des services sociaux, réforme de l’éducation où l’on en demande toujours plus sans soutenir ceux et celles qui sont responsables de nos adultes de demain. Pendant ce temps, on continue à financer les écoles privées confessionnelles. Est-ce cela les vraies affaires? Au lieu d’aller chercher l’argent là où elle se trouve (paradis fiscaux, revenus démesurés des grandes banques, argent dormant dans les coffres des compagnies, etc.), on planifie la course aux « abuseurs » de l’aide sociale qui quêtent sans déclarer leur revenu ou pire, qui partagent leur logement pour arriver. Moi j’appelle ça une taxe à la débrouillardise. On donne des primes de départ complètement indécentes à des gens qui démissionnent de leur poste de ministre ou à titre de directeur général de nos sociétés d’État. On se prépare aussi à augmenter considérablement (14%) les salaires des députés de l’Assemblée nationale pendant que l’on accorde une très faible augmentation aux employéEs de l’État et aux employéEs municipaux. C’est ça les vraies affaires? D’un côté on nous saigne et de l’autre on empoche!

On est en train de mettre en péril tout le système de santé et de services sociaux qui aura pris 10 ans à se remettre de la dernière grosse réforme effectuée par le Ministre de la santé de l’époque, notre bon docteur Couillard. Tout ça pour réaliser des économies de bouts de chandelle! Toute comparaison gardée, on parle ici d’une économie de 0,70$ sur 100 dollars. Est-ce que c’est ça les vraies affaires? Qu’est-ce qui se cache derrière? Le Ministre (et le gouvernement) a une visée: il veut revoir la loi de la santé et des services sociaux, il veut revoir les services offerts à la population. En poussant un peu plus la réflexion on peut facilement voir qu’il s’agit d’un pas de plus vers la privatisation de nos services de santé et services sociaux. Et qui sera saigné au bout de la ligne? Qui aura les moyens de se faire soigner? Je vous laisse deviner! A chaque saignée on appliquera au besoin un bâillon pour ne pas trop entendre les cris de la misère et de la détresse qui augmentent.

Et quand nous serons tous et toutes bien saignés, grand bien nous fasse, nous cesserons de consommer à outrance et nous irons de gré ou de force vers la décroissance. Ainsi nous cesserons, je l’espère, de remplir les poches de tous ces biens nantis qui nous gouvernent non pas pour le bien commun, mais pour les biens et intérêts qu’ils ont en commun!

Linda Déry, coordonnatrice du ROCL