Loi 56 sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme : Le gouvernement fait un pas de côté

road-sign-63983_1920Saint-Jérôme, le 7 décembre 2015. Le 26 novembre dernier, le ministre Jean-Marc Fournier adressait une correspondance au Commissaire au lobbyisme du Québec dans laquelle il l’informait du report de la consultation sur le projet de loi 56. Il lui demandait alors de réaliser une étude sur les conséquences de l’assujettissement des organismes à but non lucratif (OBNL) à une telle loi.

Le ministre Fournier demande au Commissaire « d’échanger avec les représentants des divers OBNL pour bien saisir les difficultés qu’ils identifient et être en mesure de formuler des pistes de solutions qui pourront être présentées dans une étude exhaustive. » Rappelons que depuis le mois de septembre, le ROCL et les organismes communautaires de la région, ont interpelé les municipalités, les MRC, les députés afin de les mettre en garde sur les impacts de l’inclusion des organismes communautaires dans cette loi, en tant qu’OBNL. Jusqu’à maintenant deux MRC et huit municipalités de la région ont entendu le message et ont transmis des résolutions d’appui au ROCL et au Commissaire au lobbyisme pour demander le retrait des organismes communautaires du projet de loi 56.

« Pour le moment il n’est pas question de baisser la garde, il faut continuer à aller chercher des appuis auprès des différents élus. Ce projet de loi étant toujours sur la table, le gouvernement fait seulement un pas de côté. Comme le Commissaire doit réaliser une étude et définir des recommandations sur l’inclusion des OBNL au projet de loi, il faut voir à qui il s’adressera pour documenter son étude. Il existe environ 60 000 OBNL au Québec. Parmi ceux-ci, il y a 5 000 organismes communautaires qui sont déjà assujettis à une politique gouvernementale qui s’intitule l’Action communautaire : une contribution essentielle à l’exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec. Celle-ci définit les principes de reddition de comptes, de transparence et de relations avec le gouvernement. Ce sont ces 5 000 organismes communautaires que nous voulons voir retirer du projet de loi. On ne peut pas les considérer sur le même pied d’égalité que l’Amphithéâtre de Québec, l’Association pétrolière et gazière du Québec, les Chambres de commerce, l’Association minière du Québec ainsi que de nombreuses autres associations qui représentent davantage des intérêts privés. Le bassin est très grand et surtout très varié pour mener une étude. Les enjeux peuvent être très différents selon le type d’OBNL » précise Linda Déry, coordonnatrice du ROCL.

Rappelons que la Loi sur le lobbyisme a été créée en 2002 à la suite du scandale des commandites afin d’encadrer les communications entre le secteur privé et les titulaires de charges publiques. À quels scandales les organismes communautaires ont-ils été mêlés ? « Au contraire, les organismes participent à dénoncer des scandales. Tous les jours, nous assistons aux retombées du travail des organismes communautaires. Ceux-ci, en plus de donner des services à une population souvent démunie, font de la défense des droits individuels et collectifs. Ils ont un rôle de transformation sociale, notamment par des représentations politiques qui visent à faire modifier des lois et des règlements qui pourraient accentuer les inégalités sociales. Ils sont loin d’être des lobbyistes pour obtenir des gains ou des lois de complaisance pour des intérêts strictement privés » conclut Stéphanie Gaussirand, présidente du ROCL.

 

 

Les 2 et 3 novembre, On ferme!

Activité d’éducation populaire organisée par le ROCL le 3 novembre 2015, à Saint-Jérôme. 300 personnes sont présentes.

Projet de loi sur le lobbying: quelques explications

Les enjeux entourant le projet de loi 56 sur le lobbying expliqués par Linda Déry, coordonnatrice du ROCL, lors d’une entrevue à la TVBL.

 

Les organismes communautaires font un travail de concertation et de défense des droits, pas du lobbyisme !

SONY DSCSaint-Jérôme, le 24 août 2015. Devant le projet de loi 56 qui porte sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme, le Regroupement des organismes communautaires des Laurentides (ROCL) déplore la volonté gouvernementale d’astreindre les organismes à une loi qui ne les concerne pas. Depuis toujours, les organismes communautaires font de la défense de droits individuels et collectifs. Ces mandats font partie intégrante de leur mission et sont reconnus dans la politique gouvernementale intitulée L’action communautaire, une contribution essentielle à l’exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec qui précise les exigences en terme de transparence et de redditions de comptes dont ils doivent faire preuve dans leurs relations avec le gouvernement. Le ROCL souhaite que les organismes concernés par cette politique ne soient pas considérés comme des lobbyistes et qu’ils soient retirés du projet de loi qui sera étudié sous peu.

La transparence au cœur de nos valeurs

Alors que la politique reconnaît aux organismes communautaires leur rôle fondamental d’agent de transformation sociale notamment par des représentations politiques, le projet loi exigera à des milliers d’organismes d’inscrire toute personne qui contacte un élu ou fait appel à un fonctionnaire pour demander des modifications à une loi, un règlement, un programme, qu’il soit municipal ou provincial. « Cette loi apportera une lourdeur administrative incroyable pour les petites organisations que nous sommes. La plupart des organismes communautaires que nous représentons ont entre 2 et 10 employées qui sont déjà débordées. D’un côté le gouvernement se vante de réduire les coûts liés à la gestion et d’un autre il va obliger les organismes à passer plusieurs heures à gérer les inscriptions au registre des lobbyistes, ça ne fait aucun sens ! Nos actions sont déjà connues publiquement. Nous travaillons ouvertement, en concertation, en partenariat ou par la voie des médias ou encore en interpelant directement des éluEs de tous les paliers gouvernementaux sur divers sujets tels que la lutte à la pauvreté, les problématiques vécues par les organismes dans la région, la sauvegarde des services sociaux et de santé, etc. Même le présent communiqué serait probablement assujettit à la future loi puisque nous demandons aux éluEs d’intervenir !» Explique Mme Linda Déry, coordonnatrice du ROCL.

Effectivement, le conseil d’administration du ROCL invite tous les élus des Laurentides, autant municipaux que provinciaux, à intervenir en commission parlementaire afin d’éviter l’ajout d’un nouveau fardeau administratif aux organismes d’action communautaire. Surtout en cette période d’austérité où des situations innacceptables sont vécues par les personnes qui frappent à leur porte. Nous demandons donc leur soutien afin que les organismes qui relèvent de la politique gouvernementale soient retirés du projet de loi. «Nous ne pouvons nous museler face à la détresse des personnes et nous empêtrer dans de la bureaucratie quand vient le temps de dénoncer des injustices! Nous ne travaillons pas derrière des portes closes pour obtenir des privilèges. Il est impensable que nous soyons considérés sur le même pied que des compagnies puissantes telles que des pharmaceutiques et des pétrolières.» conclut madame Déry.